Yulop[rig.], Yurop[nul.], l’Europe!

En tant que volapükiste intégré, nous nous devons de sauter sur notre chaise et de crier « l’Europe l’Europe l’Europe ». Voici donc une bien mignonne carte de l’Europe —à offrir aux mânes du Général de Gaulle— une occasion pour nous d’explorer un peu les noms des pays de notre continent.

El Général de Gaulle i benosevado esagom badöfi tefü slopans Yuropas: eleigodom onis tä kapars, kels spranülons su stul okik e vokons “Yurop! Yurop! Yurop!”

[i:aussi,également, benosavedo:c’est bien connu, badöf:une pique, slop:soutien, leigön:comparer, kapar:chèvre, spranülön: sauter, stul:chaise]

Klu vilob legivön ele Général kaedi at, kel magon no Fransän, no Deutän, no Litaliyän, ab Yurop, län pobumöl, kiö volapük panülimüköl obinon pospiköl!

[klu:c’est pourquoi vilön:vouloir legivön:offrir, kaedi:carte, magön:illustrer, län:pays, bumön:construire, kiöpo:où, nülimükön:intégrer, spikön:parler]

yurop

(Petuvöl is: http://i.imgur.com/AU1YQMF.jpg)

Glidis, et tous mes respects au Général.


 

Nu, lanäl paperon nemödiko. E el Général ni reidom ni lilom plu: Tikob, timül at binon nedöfik ad pükön verati: No lärnolös medü kaed at! Lafik nemas länas nedon menodami!

[Nu:maintenant, lanäl:enthousiasme, per:se perdre, reidön:lire, lilön:écouter, tikön:penser, timül:moment, nedöfik:adequat, verat:vérité, lärnön:apprendre, medü:au moyen de, nem:nom, laf:moitié, län:pays, nedön:nécessiter, menodam:correction]

Segun Vükiped, Läns in Yurop binons [segun:selon, ce mot ressemble à quelque chose de sensé, je le préfère donc à ma, qui veut dire la même chose. Les deux sont attestés déjà en volapük rigik]:

Belarusän | Belgän | Bosnän e Härzegovän | Bulgarän | Danän | Deutän | Fransän | Grikän | Jveizän | Kroasän | Lalbanän | Landorän | Latviyän | Lestiyän | Lietuvän | Ligtänstän | Lireyän | Lisladeän | Litaliyän | Lukrayän | Luxämburgän | Lösterän | Macarän | Makedoniyän | Malteän | Moldavän | Monakän | Montenegrän | Nedän | Norgän | Polän | Portugän | Regän Pebalöl | Rumän | Rusän | Sanmarinän | Sipreän | Slovakiyän | Sloveniyän | Spanyän | Suomiyän | Svedän | Särbän | Tsyegän | Vatikän

Klu binos nu fasilik lisedön pökis. Ab vilob, das lised at binon frutik, so steifülob patedavön, sed te fransänapüko (pardolös!).

[fasilik:facile, lisedön:lister, pök:erreur, frutik:utile, so:donc,aussi steifülön:essayer, pated:type,catégorie, –av:science, patedavön:catégoriser]

Je compte 24 erreurs sur la carte, plus exactement: 24 noms de pays sont mal orthographiés. Risquons-nous à une petite typologie, mais prévenons tout de suite tout malentendu: Certains de ces 24 noms erronés pêchent à plus d’un titre, le total des catégories sera donc supérieur à 24.

En premier lieu, le volapük n’aime pas les noms commençant par une voyelle. Il convient d’ajouter un L initial:

Andorän->Landorän,
Albanän->Lalbanän,
Estonän->Lestiyän,
Latvyän->Latviyän,
Irelän->Lireyän,
Österän->Lösterän,
Italyän->Litaliyän,
Ukrainän->Lukrayän

Ensuite, mais ce n’est qu’une observation de novice, il semble que le volapük préfère –iyän à –yän. Ou plutôt: Admettant que –än est le suffixe indiquant que l’on parle ici du pays dont la racine a été suffixée par –än, le volapük préfère les racines qui se terminent en consonne+iy à celle qui se termine en consonne+y. Le y en effet, en volapük, a un statut de consonne à part entière, or choisir des racines se terminant par plusieurs consonnes, c’est pas beau. La racine a bien entendu le droit de se terminer avec un y, on n’est pas des monstres, mais il faut une voyelle avant. Un i par exemple. On peut donc corriger:

Italyän->Litaliyän,
Latvyän->Latviyän,
Slovenyän->Sloveniyän

Viennent ensuite les noms que le cartographe a traduit en les calquant sur l’allemand, ou sur une autre langue germanique, ou sur une langue qui partage les mêmes constructions. Il semble que le volapük ne tienne pas absolument à maintenir ces étymologie. Nous nous devons cependant d’expliciter ces constructions, mêmes fautives, après tout, il y a du vocabulaire à pêcher:

Gladän->Lisladeän: Construit sur glad:glace, comme l’anglais Ice-land,
Leitastonän->Ligtänstän: Construit sur leit:légèreté, et ston:pierre. Pour ma part j’aurais choisi plutôt de traduire Lichten-Stein par Lita-ston-än en utilisant lit:lumière.
Blägabelän->Montenegrän: C’est un calque de l’italien, ici. Bläg:noir, negro et Bel:montagne, monte.

Bon, il ne nous reste plus que la catégorie fourre-tout, dont chaque élément constitue un cas particulier. Bavard impénitent, commentons:

Danmarkän->Danän: mark est la marche, territoire à la marge de l’empire et régi par un marquis ou un margrave (transparent pour les germanophones: comte de la marche). Mark indique déjà qu’il s’agit d’un territoire, cela ferait double emploi avec le -än obligatoire pour les noms de pays. Simplifions!

Cehän->Tsyegän: Ouais ben alors là le p’tit novice que je suis il est furax, parce qu’on accumule trois consonne en tête de la racine officielle. Le cartographe offre quelque chose de plausible, l’espéranto a Ĉeĥio, par exemple. Bon, si on veut vraiment le prononcer Tsyegän, dans ce cas, utilisons le Z. Allez, je l’officialise et le met en gras: Zyegän. Et voilà, ekö! Une remarque parfaitement déplacée en passant: Je présume que ceux qui veulent Tsyegän en volapük sont les mêmes que ceux qui se mêlent d’insister pour que les Allemands, qui disent die Türkei et die Slowakei sans que cela ne dérange personne, disent die Tschechische Republik, parce que die Tschechei est senti (par certaines cervelles slaves) comme dérogatoire.

Kiprän->Sipreän: Le cartographe est un hypercorrect. Beaucoup de Ki- et de Ke- du proto-indo-européen sont devenus des Ci- et Ce- en latin, originellement prononcés Ki- et Ke- et depuis prononcés autrement dans les langues latines (dont Si- et Se- en français). Bon, maintenant avec Chypre, on a des difficultés supplémentaires: l’original est Kupros (j’utilise le u français pour translittérer le i grec), avec Ku, qui n’a aucune raison d’évoluer vers une prononciation Su-. Mais Kupros est un nom grec, et le grec prononce depuis longtemps le u comme un i (grec). Il s’est donc trouvé assez de barbares pour déplosiver le K et le transformer en chuintante ou sifflante. Sahipreusse, disent les anglais, Tsiperne pour les allemands, Chypre pour nous, alors bon, exit le K.

Magyarän->Macarän: La Hongrie. Le cartographe adopte une graphie que j’imagine lisible par les hongrois, vükiped choisit une prononciation que j’imagine reconnaissable par les hongrois. Un pour le volapük, zéro pour l’espéranto Hungario.

Luxämburgän->Luxemburgän: Voilà le revers du cas précédent, le cartographe suit la prononciation, vükiped suit la graphie. Vous croyez que les germanophones disent plutôt Louksémebourg (naméouksékonva!?) ou Louksêmebourg? Ben le p’tit nouveau se dit aussi que Luxämburgän serait plus seyant. Luxemburgän est une concession inutile faite à un hypothétique primat de la graphie sur la pronociation.

Makedonän->Makedoniyän: Ce nom a sérieusement embêté les grecs, qui insistent que leur nouveaux voisins ne peuvent pas prendre pour nom celui d’une de leur province et transformer ainsi Alexandre de Macédoine en barbare d’au-delà des montagnes. Il est important de noter sur ce monsieur qu’aussi bien les grecs que les macédoniens et les bulgares le revendiquent comme héros national; nous ne saurions donc assez encourager nos lecteurs à la plus grande prudence lorsqu’il veulent en discuter avec des partenaires non exclusivement grecs, ou macédoniens ou bulgares. On vous aura prévenu.

Il nous reste des détails cosmétiques:

Suomän->Suomiyän,
Maltesän->Malteän,
Vatikanän->Vatikän,
Bosnän->Bosnän e Härzegovän,
Romanän->Rumän,
Moldovän->Moldavän,
Slovakän->Slovakiyän

Nous avons réservé le meilleur pour la fin, un cas qui aurait fait plaisir au Général et mériterait presque un billet à lui tout seul: nos amis d’Outre-Manche.

Ceux dont nous parlons généralement comme des anglais, des gens d’Angleterre (Linglän) ont pour voisins des conationaux habitant d’autres territoires situés sur l’île de Grande Bretagne, nom traduit en Greta Britän par le cartographe (terme connu de Vükiped). Mais attention! Le pays souverain insiste sur le fait qu’il est un Royaume-Uni, Regän Pebalön, une dénomination qui en fait une entité déterritorialisée, sans aucune attache géographique. Mais si l’on se souvient que géo se réfère, étymologiquement, à la terre, et que l’état en question, lui, se voit comme une puissance maritime, abandonner une attache géographique est sans réelle importance: Ce n’est pas un sacrifice, c’est au contraire l’affirmation d’une raison d’être!

Celles et ceux qui désirent mémoriser les noms des pays d’Europe en les visualisant sur une carte sont donc priés d’aller voir chez vükiped.

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